ParisBiotek, un biocapteur capable de détecter la maladie de Parkinson
20 janvier 202624 étudiants d’AgroParisTech, de l’ENS Paris-Saclay et de l’École Polytechnique travaillant actuellement sur la conception d’un biocapteur capable de détecter et quantifier un biomarqueur de la maladie de Parkinson : la L-dopa, dans le cadre du concours SensUs. Une innovation étudiante qui ouvre de nouvelles perspectives pour le suivi thérapeutique des personnes atteintes de Parkinson. Rencontre avec Erine Faucret, étudiante à AgroParisTech et présidente de l’association ParisBiotek.
Un concours international pour stimuler l'innovation
C’est en participant à SensUs, une compétition internationale dédiée au développement de biocapteurs innovants, que l’aventure démarre. Chaque année, ce concours néerlandais met au défi des équipes du monde entier de concevoir un biosenseur capable de détecter une molécule d’intérêt en lien avec un enjeu de santé publique. En 2024, l’équipe de ParisBiotek avait déjà brillé avec AgroSens, un capteur de créatinine pour le suivi de l’insuffisance rénale. Cette année, sous la présidence d’Erine Faucret, l’équipe s’attaque à un nouveau défi de taille : développer un biocapteur capable de détecter et quantifier la L-dopa, un biomarqueur clé de la maladie de Parkinson. 15 étudiants de l’équipe se rendront aux Pays-Bas du 24 au 27 août pour la compétition.
Quelle est la problématique à laquelle vous répondez avec ce capteur ?
E.F.: SensUs est une compétition internationale annuelle consacrée aux capteurs pour la santé. Cette année, le concours nous met au défi de développer un biocapteur capable de détecter et quantifier la L-dopa, un biomarqueur de la maladie de Parkinson. La problématique est double : d’un côté, il y a un enjeu scientifique et technique car cette molécule est difficile à détecter avec précision ; de l’autre, il y a un enjeu de santé publique puisqu’un tel capteur pourrait améliorer le suivi médical des patients atteints de la maladie.
Qu’est-ce qui rend la détection de ce biomarqueur particulièrement innovante ou complexe ?
E.F.: La L-dopa (lévopoda) est une molécule essentielle dans le traitement et le suivi de la maladie de Parkinson. Sa détection est complexe car elle se trouve à de très faibles concentrations dans les fluides biologiques et coexiste avec d’autres composés de structure similaire, ce qui complique la spécificité des mesures. Notre objectif est de concevoir un biocapteur à la fois sensible, rapide et sélectif, capable de quantifier la L-dopa avec précision dans des conditions proches du réel, en vue d’une application concrète à terme.
En quoi ce capteur pourrait-il améliorer la prise en charge des patients ?
E.F.: Aujourd’hui, le diagnostic de la maladie de Parkinson repose principalement sur l’observation clinique des symptômes moteurs, qui apparaissent souvent tardivement. Notre biocapteur pourrait contribuer à une surveillance plus objective et précoce. Concrètement, il permettrait de mieux suivre l’efficacité des traitements et d’ajuster les doses de L-dopa de manière personnalisée. À plus long terme, cela pourrait améliorer la qualité de vie des patients, réduire les effets secondaires et optimiser la prise en charge médicale.
Comment avez-vous organisé le travail au sein de l’équipe ?
E.F.: Notre équipe de 24 étudiants issus d’AgroParisTech, de l’ENS Paris-Saclay et de l’École Polytechnique est répartie en cinq pôles : expérimental pour la partie biologique, microfluidique pour la conception du dispositif, électronique pour le développement technique, entrepreneuriat pour la stratégie et les partenariats et communication pour les réseaux sociaux. Même si chaque pôle a ses missions spécifiques, nous échangeons régulièrement lors de réunions hebdomadaires pour coordonner nos avancées. Nous avons également la chance d’être accompagnés par plusieurs encadrants et chercheurs, dont Vincent Sauveplane, enseignant-chercheur à Micalis et notre superviseur principal, Jean-Frédéric Audibert et Rasta Ghasemi, chercheurs à l’ENS Paris-Saclay, Kevin Lachin pour la microfluidiquen et François Mavré pour l’électrochimie. Nous avons également la chance d’être soutenus financièrement par le BDE d’AgroParisTech et l’entreprise The Bench. Nous les remercions tous chaleureusement pour leur aide et soutien !
Quelle suite envisagez-vous pour ce projet ?
E.F.: Actuellement, nous nous concentrons sur la conception de notre biocapteur et sur la recherche de financements. Par la suite, si certains membres souhaitent poursuivre, le projet pourrait devenir une initiative prometteuse. Nous pourrions alors optimiser le biocapteur pour améliorer sa sensibilité et sa robustesse, puis valoriser notre travail à travers des publications scientifiques ou des collaborations avec des laboratoires de recherche.
Un message pour les étudiants qui hésitent à se lancer dans l’aventure ?
E.F.: Pour les étudiants qui s’intéressent aux biotechnologies et souhaitent mettre à profit leurs compétences ou leur temps libre dans une association dynamique et exigeante, c’est une opportunité idéale ! C’est aussi une occasion unique de collaborer avec des chercheurs, des enseignants-chercheurs, des ingénieurs et des acteurs du domaine de la santé. Participer à un projet comme celui-ci, c’est sortir du cadre académique, apprendre en équipe et développer des compétences concrètes qu’on ne trouve pas toujours en cours. Même si le défi peut sembler ambitieux, c’est une expérience extrêmement enrichissante, sur le plan scientifique, humain et collectif.