Mission Dinara : inventorier la biodiversité des Alpes dinariques
11 juin 2026Depuis le début du mois de mai et pour une période de trois mois, Marie, Thomas, Lou, étudiantes et étudiant à AgroParisTech sur le campus de Nancy, accompagnés de Samuel, photographe professionnel, vont parcourir plusieurs centaines de kilomètres à travers les Balkans. Dans le cadre de la mission Dinara, coordonnée par l’association des Blairoudeurs, ils vont mener des inventaires naturalistes au cœur des Alpes dinariques. Un projet de césure alliant rigueur scientifique, aventure humaine et engagement pour la biodiversité. Rencontre avec une équipe prête à tout pour les zones humides de montagne.
Pouvez-vous nous présenter la Mission Dinara ? Comment est née l'idée de cette expédition ?
En première année d’école d’ingénieur, nous avons assisté à la présentation de la Mission Lavia, une expédition naturaliste organisée par les Blairoudeurs. Elle nous a enthousiasmés et a fait germer l’envie de mener un projet similaire. Tous trois passionnés de naturalisme, les inventaires de terrain s’imposaient. Nous souhaitions explorer un espace proche, accessible sans avion, et dont nous connaissions les espèces. Notre attrait pour la montagne et les milieux préservés nous a orientés vers les Alpes dinariques, un massif à la biodiversité exceptionnelle, encore peu prospecté et qui manque cruellement de données naturalistes. Les Balkans représentent un véritable hotspot de biodiversité : nos relevés seront réellement utiles pour mieux protéger ces espaces. La Mission Dinara, c’est donc 3 mois d’inventaires naturalistes en Albanie, au Monténégro et en Bosnie-Herzégovine, ciblant les milieux humides de montagne : lacs, rivières et tourbières, parmi les écosystèmes les plus riches et les plus menacés d’Europe. Nous inventorierons chauves-souris, libellules, oiseaux, papillons et plantes, en lien étroit avec les chercheurs et gestionnaires locaux. À notre retour, nous souhaitons aussi sensibiliser le public à l’importance des zones humides, encore trop méconnues.
Vous étudiez des espèces très différentes. Comment s'organise le travail de terrain entre vous ?
Nous avons la chance d’avoir des compétences complémentaires. La répartition s’est faite naturellement : Lou s’occupe des chauves-souris et des oiseaux, Marie des papillons et des libellules, Thomas des plantes vasculaires, un taxon bien plus riche qu’il n’y paraît ! Samuel, photographe professionnel et naturaliste, capturera la beauté des milieux explorés. Les oiseaux sont inventoriés le matin, les plantes et insectes en journée, les chauves-souris la nuit. Chacun travaille en binôme pour s’entraider et apprendre des autres. Nous utilisons des outils variés : filets à papillons, enregistreurs à ultrasons, jumelles, GPS, pièges-photos et clés de détermination. Ensuite, il faut trier les données, vérifier les identifications et rédiger des rapports scientifiques rigoureux.
Qu’allez-vous faire avec les données récoltées ?
Nous utilisons des protocoles standardisés, reconnus par la communauté scientifique, ce qui permettra des suivis dans le temps. Nos données alimenteront les connaissances sur la répartition des espèces dans une région peu étudiée, serviront d’état des lieux aux gestionnaires d’espaces naturels, et pourront justifier de nouveaux statuts de protection. L’expédition s’inscrit déjà dans des projets concrets : inventaires des zones humides du Monténégro, protection de fleuves sauvages (Vjosa, Neretva), projets de réserves de biosphère UNESCO. À plus grande échelle, nos observations alimenteront des bases de données internationales comme le GBIF, contribuant au suivi des effets du changement climatique sur ces écosystèmes.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette aventure pendant votre césure ?
Nous voulions donner du sens à notre césure en contribuant concrètement à la connaissance scientifique et à la protection de la biodiversité, en travaillant main dans la main avec les acteurs locaux que nous avons associés au choix des sites. Nous souhaitions aussi faire beaucoup de terrain, découvrir d’autres cultures et vivre une expérience immersive, loin du confort habituel. 3 mois en camping sauvage en montagne, c’est aussi ça ! Ce projet nous a déjà énormément appris : répondre à des appels à projets, estimer un budget, coordonner une équipe, communiquer en anglais avec des chercheurs et administrations étrangères. Créer un projet de bout en bout, c’est la meilleure façon d’apprendre à le structurer et à lui donner vie.
Quelles compétences acquises à AgroParisTech allez-vous mobiliser sur le terrain ?
Nous suivons tous les trois la spécialisation Gestion des milieux naturels sur le campus de Nancy. Notre formation nous a apporté une rigueur scientifique essentielle : mise en œuvre de protocoles standardisés, structuration des données, maîtrise des outils de cartographie et d’analyse statistique. De nombreux projets de terrain nous ont également permis d’affiner notre travail en équipe. Ce projet nous permet de mobiliser toutes ces compétences en autonomie, avec en plus une vraie dimension de gestion de projet : recherche de financements, communication, logistique.
Un message pour ceux qui hésitent à se lancer dans un projet associatif ou une expédition naturaliste ?
Mener un tel projet, c’est comme créer un stage de bout en bout, puis le réaliser soi-même. C’est exigeant, mais c’est aussi une expérience inoubliable et personnalisée. La césure, c’est LE moment pour agir dans une cause qui vous tient à cœur. Il ne faut pas attendre d’être « expert » pour se lancer : on apprend énormément en faisant. Entourez-vous de personnes motivées, échangez avec les associations, les enseignants, ceux qui ont déjà tenté l’aventure. Et surtout : osez ! Ce sont souvent les projets les plus ambitieux qui deviennent les plus marquants.
Un appel au soutien
Pour mener à bien ce projet de terrain, Marie, Thomas, Samuel et Lou font appel à la générosité de la communauté AgroParisTech via une cagnotte défiscalisée. Votre soutien leur permettra de réaliser cette expédition au service de la biodiversité et de la lutte contre le changement climatique.