Corbeville : la recherche participative en agroécologie démarre
22 octobre 2026À Corbeville, près du campus de Palaiseau, AgroParisTech lance un dispositif de recherche participative en agroécologie, ouvert à tous. Soutenu par l’Université Paris-Saclay, il associe chercheurs, étudiants, collectivités et associations autour de la transition agroécologique en contexte périurbain. Un premier stage, mené en juin 2026, a permis d’étudier les sols et la biodiversité de la parcelle et d’accueillir 18 lycéens.
Un dispositif ouvert à tous, soutenu par l’Université Paris-Saclay
À Corbeville, une parcelle agricole devient le point de départ d’une dynamique de recherche participative en agroécologie. Porté par le pôle sciences et société de la direction de la recherche, de l’innovation et du transfert technologique (DRITT) et par le département sciences et ingénierie agronomiques, forestières de l’eau et de l’environnement (SIAFEE), avec l’appui scientifique d’enseignants-chercheurs d’AgroParisTech, le dispositif Corbeville vise à créer un espace de rencontre autour des enjeux de la transition agroécologique en contexte périurbain. Soutenu par l’Université Paris-Saclay dans le cadre du programme ExcellencES SPRINGBOARD, il se construit avec des équipes de recherche, des étudiants, des collectivités et des associations, et se déploiera progressivement, en commençant par les publics géographiquement proches avant de s’ouvrir plus largement à la société civile.
Une parcelle pour faire de la recherche participative
La recherche participative ne consiste pas seulement à rendre la science accessible : elle associe des personnes qui ne sont pas des chercheurs professionnels à différentes étapes de la production de connaissances, en faisant dialoguer leurs expériences, leurs savoirs et leurs observations avec ceux des chercheurs. À Corbeville, cette ambition prend forme sur une parcelle agricole conçue comme un espace d’observation, d’expérimentation et de dialogue avec les réalités du territoire. Le dispositif s’inspire de l’approche du réseau Tous Chercheurs : des stages courts de quelques jours, accompagnés par des scientifiques, qui laissent aux participants le temps de formuler des questions, d’observer, d’expérimenter, d’analyser et de discuter les résultats.
Un atelier World Café pour co-construire le dispositif
L’esprit de co-construction a guidé le dispositif avant même son lancement officiel. Le 29 janvier 2026, un atelier en format World Café organisé dans le cadre de la journée du laboratoire vivant VivAgriLab a réuni des personnes issues d’AgroParisTech, d’INRAE, de plusieurs mairies du territoire, de l’établissement public d’aménagement Paris-Saclay, de Terre et Cité, ainsi que des étudiants. Les échanges ont permis d’imaginer de premiers formats de stages et de faire émerger des pistes pour différents publics autour de la saisonnalité des activités agricoles, de la biodiversité, des aménagements de la parcelle, de l’évolution de la qualité des sols au fil des cultures et du rôle des matières organiques dans la biologie des sols.
Un premier stage en juin 2026 avec « La Recherche et Moi »
Du 2 au 18 juin 2026, le module intégratif de fin de première année du cycle ingénieur d’AgroParisTech « La Recherche et Moi » a constitué la première mise en œuvre opérationnelle du dispositif. Trois étudiants volontaires ont été accueillis sur la parcelle afin d’en établir un premier état initial, à partir de l’étude des propriétés agronomiques et de la qualité des sols, ainsi que de la biodiversité des sols et de surface, en lien avec l’UMR EcoSys et le département SIAFEE. Ce stage avait un double objectif : produire un premier socle de connaissances sur la parcelle et expérimenter concrètement une démarche de recherche participative, de la formulation d’une problématique à la préparation des protocoles, aux prélèvements, aux observations et aux premières analyses. L’expérience de recherche s’est prolongée par un travail de transmission. Les étudiants ont préparé et animé à leur tour deux journées de stage, dans l’esprit de la recherche participative, auprès de 18 lycéens de seconde issus de plusieurs établissements d’Île-de-France. Ils ont ainsi expérimenté une autre dimension du métier de chercheur : sensibiliser à la démarche scientifique sans en perdre la rigueur. Cette première expérience n’est pas une action isolée : elle amorce un cycle de stages, dans lequel les observations et les résultats de chaque expérience pourront compléter les données existantes, orienter les protocoles suivants et contribuer progressivement à structurer un projet de recherche participative plus large.
À l’issue du stage, un entretien collectif de retour d’expérience a été mené avec les trois étudiants. « Dès qu’on leur mettait la terre dans les mains, ils comprenaient tout de suite mieux ce qu’on expliquait », souligne l’un d’eux à propos des lycéens. Animer a aussi été formateur : « Quand on anime, il faut prendre des décisions, répondre aux demandes, ajuster en permanence », ce qui les a conduits à approfondir leur compréhension des méthodes et des résultats pour les transmettre. Enfin, « la recherche participative n’est pas perçue de la même manière selon les personnes », remarque une étudiante, tandis qu’un autre souligne l’intérêt d’associer à terme « des agriculteurs ou des personnes qui ont déjà une vraie connaissance du terrain ». Leur réflexion met en évidence la complémentarité entre connaissances scientifiques et savoirs issus de l’expérience, et interroge les liens entre médiation scientifique, sciences participatives et recherche participative, trois démarches qui se croisent à Corbeville.
Le saviez-vous ? Participer à la science peut prendre plusieurs formes !
Observer la biodiversité, collecter des données, expérimenter aux côtés de chercheurs, contribuer à formuler une question de recherche… toutes ces formes de participation ne recouvrent pas exactement la même démarche.
La médiation scientifique regroupe des activités qui créent un lien entre la science et la société et rendent les connaissances et les démarches scientifiques accessibles à différents publics. Elle peut prendre des formes très diverses (vulgarisation, rencontres, ateliers, visites), sans que les participants prennent nécessairement part à la production de connaissances scientifiques.
Les sciences et recherches participatives (SRP) sont des « formes de production de connaissances scientifiques auxquelles participent, avec des chercheurs, des acteurs de la société civile, à titre individuel ou collectif, de façon active et délibérée ». On distingue les sciences participatives des recherches participatives selon le niveau d’implication des citoyens.
- Les sciences participatives (ou crowdsourcing, ou encore projets contributifs) font principalement appel à de la collecte de données à partir de protocoles partagés. La participation peut ainsi porter sur certaines étapes d’un projet de recherche, sans nécessairement impliquer les participants dans l’ensemble de la démarche.
- La recherche participative (ou projets collaboratifs, voire co-créés) implique les participants de manière active dans la démarche de recherche. Selon les projets, ils peuvent prendre part à différentes étapes, de la formulation d’une problématique à l’expérimentation, l’analyse et l’interprétation des résultats. En participant concrètement à la recherche, ils peuvent mieux comprendre comment se construisent les connaissances scientifiques sur une thématique donnée.
Ces démarches peuvent se croiser et se compléter : des outils de médiation scientifique et de sciences participatives peuvent être mobilisés au sein d’un projet de recherche participative, comme l’a illustré le premier stage organisé en juin 2026 à Corbeville.
Quelques photos du stage en juin
Les institutions qui financent le projet
Ce travail a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 et par l’Union européenne NextGenerationEU portant la référence « 21-EXES-0003
Liens utiles
- Science et société à l'Université Paris-Saclay
- Charte des sciences et recherches participatives en France (2017)
- Charte du réseau national Tous Chercheurs (2023)
- Les sciences participatives en France : état des lieux, bonnes pratiques et recommandations de Houllier, F. & Merilhou-Goudard, J.-B. (2016)