Argentine, Brésil : sur les traces de l'agroforesterie
29 juin 2026Pendant leur césure, Amarande, Lison, Esteban et Paul, étudiantes et étudiants à AgroParisTech et membres de l’association Sous l’ombre de l’arbre, ont parcouru l’Argentine et le Brésil pendant plusieurs mois pour enquêter sur les pratiques d’agroforesterie. Avec plus de 70 interviews menées auprès d’agriculteurs, de chercheurs, d’institutions publiques et d’entreprises, ils ont documenté la diversité des systèmes agroforestiers sud-américains, leurs bénéfices écosystémiques et leur rôle dans la résilience des exploitations agricoles. Rencontre avec une équipe revenue avec un projet de documentaire et de nombreux enseignements sur l’agriculture, l’environnement et les territoires.
Pouvez-vous nous présenter l’association Sous l’ombre de l’arbre et l’expédition que vous avez menée ?
L’association Sous l’Ombre de l’Arbre, qui en est déjà à sa septième mission, a pour vocation de promouvoir l’agroforesterie en réalisant des documentaires sur cette pratique dans différentes régions du monde. Cette année, l’équipe est composée de quatre étudiants, issus pour trois d’entre eux du campus de Nancy, et le dernier du campus de Palaiseau. Notre formation forestière et en environnement nous a poussés à avoir un regard sur les arbres qui dépasse le simple bénéfice qui peut exister sur les rendements agricoles, avec la production de bois par exemple. Nous avons donc pris le chemin de l’Argentine et du Brésil afin de comparer, de part et d’autre de la frontière, les dynamiques agroforestières, et d’en comprendre les origines, tant au niveau politique que culturel et social. Le choix de l’agroforesterie comme fil directeur de l’association est lié aux nombreux services écosystémiques apportés, à la résilience des systèmes, et aux revenus, qui sont, bien plus souvent qu’on peut le penser, très intéressants pour les producteurs.
Pourquoi avoir choisi l’Argentine et le Brésil, et quelles régions avez-vous explorées ?
L’Argentine et le Brésil sont deux pays dont l’agriculture fait partie de notre actualité avec les accords UE-MERCOSUR. De plus, ce sont deux pays aux organisations sociale et politique bien différentes, nous permettant de faire une comparaison sur le contexte du développement de l’agroforesterie. L’Argentine a été marquée par une certaine instabilité politique, et est tournée vers l’export de matières agricoles bon marché. Le Brésil a une politique agricole avant tout tournée vers la souveraineté alimentaire du pays, et pour permettre aux populations agricoles les plus pauvres de vivre. Bien que ces deux pays soient très grands, nous avons fait le choix de nous concentrer sur le Sud du Brésil et le Nord de l’Argentine afin de voir un contexte pédoclimatique proche, marqué par une forte pluviométrie, des hivers relativement froids, et des sols plutôt pauvres. Dans ces régions, nous retrouvons une part importante d’élevage et de la culture du maté, boisson stimulante très populaire en Argentine, en Uruguay et au sud du Brésil.
Comment avez-vous construit votre méthodologie de terrain ?
Nous avons réalisé 76 interviews auprès d’agriculteurs, de chercheurs, d’institutions publiques et d’entreprises. Avant notre départ, nous avions lu des articles et discuté par visioconférence avec des chercheurs sur place pour mieux comprendre les enjeux. Nous avions préparé des questions à l’avance, notamment certaines que nous avons posées à chaque interview, afin d’avoir un panel assez large de points de vue. Cette complémentarité entre les profils était vraiment importante pour nous : elle nous permet de comprendre le fonctionnement, des problématiques rencontrées par les agriculteurs, aux actions politiques visant à y répondre, en passant par des groupes qui cherchent à mieux valoriser les produits. Passer à côté d’une partie de ces acteurs ne nous aurait pas permis d’avoir une pleine compréhension du sujet.
Qu’est-ce que l’agroforesterie apporte concrètement aux agricultures sud-américaines que vous avez observées ?
Nous avons pu voir qu’en Argentine, outre les bénéfices importants sur la fertilité des sols, la régulation thermique des animaux ou encore la lutte contre l’érosion, l’agroforesterie est bien souvent une source de diversification des revenus face à l’instabilité politique et économique que connaît le pays depuis des décennies. Au Brésil, de nombreux agriculteurs ne disposent que de toutes petites parcelles, et l’agroforesterie permet alors une optimisation de la production et une diversification très importante des denrées produites, soutenue par une forte politique de l’État et souvent nécessaire à la subsistance du producteur et de sa famille. Nous avons vu des parcelles comportant jusqu’à 60 espèces d’intérêt agronomique.
En quoi votre formation à AgroParisTech vous a-t-elle préparés à ce projet de terrain ?
Tout d’abord, l’association Sous l’Ombre de l’Arbre fait partie de la vie associative d’AgroParisTech, et c’est dans ce cadre que nous avons pensé à faire un documentaire sur un sujet qui nous passionne. Au cours de notre cursus, nous avons aussi pu réaliser des projets qui se rapprochent de ce que nous avons fait sur certains aspects, et les connaissances en agronomie, environnement et forêt sont bien évidemment essentielles dans les échanges que nous avons sur place.
Un message pour ceux qui hésitent à se lancer dans un projet similaire ?
Ne pas hésiter ! Trouvez un groupe avec qui vous vous entendez bien, un sujet qui vous passionne, et passez à l’action, contactez des acteurs sur place qui vous donneront des conseils !