Les suidés au Proche-Orient ancien : de la domestication au tabou

 

Jean-Olivier Gransard-Desmond (Doctorant, EPHE IVe section) : Du sanglier au porc, l’iconographie proche-orientale du IVe au Ier millénaire av. J.-C

Préalable à toute interrogation quant au fond, l’archéologue doit s’interroger tout d’abord sur la forme de la représentation qu’il étudie lors d’une analyse iconographique. Si la démarche peut surprendre, l’identification, par L. Legrain en 1930, d’une figure d’un moulage de Nippur comme mouton ou chèvre reconnue aujourd’hui comme la représentation d’un cochon témoigne de l’importance de recourrir à des arguments mesurables. Ce sont donc les indices objectifs aptes à permettre l’identification, ici, du cochon que nous allons développer. Nous chercherons, en particulier, à mettre en évidence les indices qui autorisent la distinction entre animal domestique (Sus scrofa domesticus) et animal sauvage (Sus scrofa). Pour obtenir ces indices nous aurons recours à la zoologie et à la paléozoologie d’une part ainsi qu’aux outils proprement iconographiques d’autre part. La zoologie nous fournira les informations utiles à poser un cadre de référence à l’identification de l’animal en soi (griffes ou sabots, muffle ou groin, queue en pinceau ou rectiligne, etc.), avec les les limites que comporte cette source d’information (sous-espèces et races disparues ne sont pas prises en compte). La paléozoologie nous permettra de mettre le cadre de référence fourni par la zoologie en perspective par rapport aux périodes qui nous intéressent. Si, pour le Proche-Orient du IVe au Ier millénaire av. J.-C., la question de la disparition d’espèces porcines ne se pose pas (hier comme aujourd’hui, Sus scrofa peuple cette aire), il nous faut tout de même, pour les besoins de la méthode, évoquer l’apport de la paléozoologie. Les outils iconographiques nous permettront d’affiner un peu plus notre identification grâce, par exemple, à la comparaison stylistique entre ouvrage identifié par les données zoologiques et paléozoologiques et ouvrage n’ayant pu être identifié par ce moyen (démonstration iconographique). Cette dernière étape sera aussi l’occasion de faire intervenir l’éthologie de l’animal. Cette intervention nous permettra de nous pencher plus aisément sur le rapport de la figure avec son environnement afin d’envisager son profil sauvage ou domestique, voire marron, et par voie de conséquence l’interaction que l’animal entretient avec cet environnement.