Une graminée exotique : le switchgrass
Pour alimenter les réseaux de chaleur, on se tourne fréquemment vers le bois sous forme « fluide » type copeaux. Cependant, des graminées, compte tenu de leur rendement et potentiel énergétique, pourraient rapidement intégrer la filière biomasse énergétique. Parmi celles-ci, une espèce semble montrer des réponses adéquates aux conditions pédoclimatiques de nos régions : Panicum virgatum ou switchgrass.
I. Carte de visite botanique
Le panic érigé (Panicum virgatum L) est une plante herbacée en C4 pérenne (jusqu’à 15 ans). Sa répartition naturelle va du Continent Nord américain à l’Amérique Centrale et est une des principales espèces des prairies Nord américaine. Ses rhizomes ainsi que son système racinaire vont à plus 2m de profond. C’est une plante ayant des tiges érigées qui peuvent atteindre 2,5m. L’inflorescence est une panique et les graines (PMG entre 1 et 2) ont un fort niveau de dormance.
II. Une espèce ubiquitaire
Cette plante s’adapte à tous types de sols bien que Girouard & al (1999) ait établi qu’elle préfère les sols sablo-limoneux aux argilo-limoneux froids. Par son système racinaire traçant et sa nature vivace, elle exploite les sols plus profondément que les cultures annuelles. Son métabolisme photosynthétique en C4 (semblable au maïs) valorise mieux les intrants et la pluviométrie qu’une céréale. A nos latitudes, on peut attendre des productions de l’ordre de 15 tonnes de Matière sèche par hectare au bout de la 3e année (Inra de Mons dans la Somme, 2005).
III. Une implantation à soigner (H. W. Elbersen & al, 2004)
Avant le semis réalisé au printemps, à la même époque que le maïs, il faut à tout prix porter ses efforts sur la préparation du sol. En interculture, on préconise plusieurs déchaumages (faux-semis) suivi d’une application d’herbicide total. De cette façon, on épuise le stock semencier. La concurrence des adventices est rude en début de végétation. Ensuite, un labour profond précédera une reprise par une herse rotative afin de créer un lit de semence ayant des mottes de diamètre d’environ 1 cm. Cependant, en cas de pourcentage élevé en limon, des mottes seront conservées pour ne pas favoriser les risques de battance (mauvaise levée). Les semences ayant un Poids de Mille Grain d’environ 1 à 2, un semis à 20kg/ha avec un semoir classique à céréales bien réglé pour petite graine suffira. Les variétés préconisées à nos latitudes sont Cave-in-Rock, Kanlow, Blackwell, Carthage (H.W. Elbersen & al, 2004). Enfin, un roulage permettra de compacter le sol pour que la graine ait un bon contact avec les particules du sol desquelles elle pourra puiser l’eau nécessaire à sa germination.
IV. Itinéraire cultural simplifié
En première année, il ne faut pas appliquer de fertilisant azoté afin de ne pas développer les mauvaises herbes. Il n’y a pas d’herbicides homologués en France d’où l’idée de faucher à hauteur les adventices en cours de végétation. Ensuite, le Panic érigé montrera assez de force pour contenir « ses congénères ». Les années suivantes, les engrais de fonds (Phosphore et Potassium) devront être raisonnés selon les analyses chimiques réalisées tous les 3-4 ans. En règle générale, les besoins seront bas. En ce qui concerne l’azote, les apports iront de 0 à 50kg/ha selon l’exportation. En effet, la minéralisation, la remobilisation de l’azote par les racines quand les feuilles tombent et les dépôts atmosphériques permettent de satisfaire une grande partie des besoins. Cette espèce est très peu attaquée par des ravageurs et des maladies. Il a été observé des cas de rouilles au Canada (Girouard & al, 1999). Néanmoins, la pression exercée par des lapins pourra entraîner la mise en place de clôture électrique.
V. Une récolte type fenaison (Inra 2005)
Un taux d’humidité élevé, vecteur d’une mauvaise conservation est le principal problème. A 15%, on pourra stocker les balles pendant une longue période et on évitera les risque de monter en température. Une récolte de biomasse entre la fin été-début printemps est recommandé. En effet, à la sénescence, les feuilles tombent et les tiges sèchent. De surcroît, une meilleure reprise au printemps a été observée. La récolte se fera par une faucheuse conditionneuse suivi le lendemain d’un andainage et d’un pressage à presse haute densité carrée afin de faciliter le transport.
A retenir
Le panic érigé est une plante convenant parfaitement aux conditions pédoclimatiques européennes. Elle peut être plus performante que Miscanthus en conditions chaudes et séchantes. Elle est aussi plus résistante aux hivers rigoureux. Un autre avantage est constitué par sa production de graine donc elle peut être semée (moins d’énergie engagée en pépinière et à l’implantation). Ses caractéristiques de C4 lui permettent de faire parti des plantes à faibles besoins énergétiques (azote, travaux culturaux). Néanmoins, sa longue période de dormance est un problème majeur. Sa germination requiert une somme de température assez élevée et bonne fourniture en eau.
Sources
INRA. Fiches Techniques sur les plantes lignocellulosiques pérennes. 2005
H. W. Elbersen&al. A manegment guide for planting and production of Switchgrass as biomass crop in Europe. 3 pages. 2004
Patrick Girouard & al. Le Panic érigé pour l’Est de l’Ontario. Un guide pour les producteurs. 9 pages. 1999.www.reap-canada.com/library.htmReap.com (consulté en Mai 2007)
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