Filtres de sélection des bonnes pratiques
Suivant les grandes voies de progrès qui se sont dessinées à l’issue du diagnostic environnemental de la ferme, une cinquantaine de bonnes pratiques ont été repérées dans la littérature. Parmi ces bonnes pratiques, et après un processus de sélection rigoureuse, dix neuf bonnes pratiques applicables à court terme, et sept bonnes pratiques applicables à long terme ont été sélectionnées pour la ferme de Grignon.

Le pool de bonnes pratiques issu du filtre de sélection 2 contient les bonnes pratiques dont l’efficacité a été prouvée scientifiquement, et qui sont techniquement et réglementairement applicables à l’heure actuelle. Ces bonnes pratiques sont exposées dans le tableau ci-dessous, en face du poste d’impact et du levier d’action auxquels elles correspondent.
| Poste d’impact | Leviers d’action | Bonnes pratiques |
|---|---|---|
Fabrication des engrais minéraux utilisés : consommation d’énergie, émissions de CO2 (et de CH4 et N2O)
![]() | Diminuer les quantités d’engrais minéraux consommés | Piloter la fertilisation azotée - Méthode des bilans |
| Implanter des légumineuses | ||
| Mettre en place des itinéraires techniques à faibles intrants | ||
| Substituer les engrais minéraux utilisés par des activateurs d’humification | ||
| Substituer les engrais minéraux utilisés par des engrais organiques (fumier, lisier, compost) | ||
| Recourir à des engrais aux processus de fabrication moins impactants | Substituer les engrais minéraux utilisés par d’autres engrais minéraux moins impactants |
Commentaires :
A la ferme de Grignon, le pilotage de la fertilisation azotée par la méthode des bilans était pratiqué de façon systématique même avant 2005.
Les itinéraires techniques à faible intrant ont pour objectif de diminuer la consommation d’engrais minéraux sans pour autant altérer la marge brute à l’hectare. Ceci dit, ils nécessitent une diminution des rendements. La construction d’un système d’itinéraires techniques à faible intrant demande une réflexion importante sur les itinéraires, le système, le matériel et les relations entre types de productions.
Un activateur d’humification est un produit constitué de micro-organismes issus de composts. Ces microbes stimulent le fonctionnement naturel d’humification d’un sol (c’est-à-dire, la transformation des éléments solubles du sol en humus disponible pour la plante), et diminueraient par conséquent les apports en engrais. Toutefois le fonctionnement de ce type de produits est mal connu et mérite des recherches complémentaires avant application à la ferme de Grignon.
Les autres pratiques mentionnées dans le tableau sont applicables à court terme à la ferme. Certaines pratiques sont explicitées dans des articles accessibles en cliquant sur les liens. Concernant les engrais minéraux, nos calculs ont montré que les moins impactants du point de vue de leur processus de fabrication sont les ammonitrates.
| Poste d’impact | Leviers d’action | Bonnes pratiques |
|---|---|---|
Emissions de N2O après épandage des engrais
![]() | Diminuer les quantités d’engrais minéraux consommés | Piloter la fertilisation azotée - Méthode des bilans |
| Implanter des légumineuses | ||
| Mettre en place des itinéraires techniques à faibles intrants | ||
| Recourir à des engrais aux émissions de N2O post épandage plus faibles | Substituer les engrais minéraux utilisés par des activateurs d’humification | |
| Substituer les engrais minéraux utilisés par des inhibiteurs de nitrification | ||
| Appliquer l’engrais dans des conditions moins favorables aux émissions | Appliquer l’engrais en conditions de température et de pluviométrie optimales |
Commentaires :
A l’instar du tableau précédent, certaines pratiques étaient déjà d’usage à la ferme : le pilotage de la fertilisation azotée, l’application de l’engrais en conditions optimales.
Un engrais inhibiteur de nitrification est un engrais minéral qui comporte une substance limitant les émissions de N2O au champ.
Les conditions défavorables aux émissions de N2O au champ après l’épandage des engrais seraient des conditions limitant l’anoxie du sol. Ainsi il est préférable d’éviter les épandages d’azote avant et après un épisode pluvieux important en raison de la situation anaérobie dans le sol qui prévaut à ces moments-là.
| Poste d’impact | Leviers d’action | Bonnes pratiques |
|---|---|---|
Consommation de fioul dans les machines agricoles
| Diminuer les quantités de fioul consommé | Réduire l’immobilisation énergétique par l’achat de matériel en commun avec d’autres exploitations |
| Mettre en place des techniques culturales simplifiées | ||
| Adapter le passage des machines aux conditions climatiques | ||
| Optimiser l’usage des machines agricoles :
| ||
| Régler les machines agricoles | ||
| Substituer le fioul par un carburant à moindre impact | Autoproduire de l’Huile végétale pure |
Commentaires :
Nous avons calculé qu’en usage collectif, l’immobilisation énergétique des machines serait environ 3,5 fois moindre par rapport à un usage individuel. Mais une structure de mise en commun du matériel semble difficile à mettre en place dans le court terme pour des raisons essentiellement organisationnelles.
La résistance au travail du sol provoque une augmentation de la consommation de fioul. De manière générale, des conditions sèches sont les plus appropriées pour un travail du sol.
Le passage d’outils combinés permet de réduire le nombre de passages sur la parcelle. A Grignon, le semis des céréales est déjà réalisé grâce à un combiné semoir et herse rotative. Cette pratique pourrait s’étendre au semis du maïs.
L’augmentation de la taille des outils d’attelage permet également de réduire le nombre de passages sur la parcelle, sans nécessiter obligatoirement l’augmentation de la puissance du tracteur.
Le réglage du moteur (alimentation, combustion...), des outils d’attelage (liaison tracteur-outil, profondeur de travail, entretien...), des pneus (pression, type et taille), du tracteur (puissance, poids, équipements annexes) et de la vitesse de conduite, de sorte que ces paramètres soient adaptés à l’opération culturale réalisée, permettent des économies d’énergie considérables. Des formations pourront être dispensées aux conducteurs des machines dans différents domaines précités.
La production d’HVP semble intéressante sur le plan environnemental mais pourrait se heurter à des difficultés techniques (adaptation du moteur) et économiques.
| Poste d’impact | Leviers d’action | Bonnes pratiques |
|---|---|---|
Achat d’aliments à l’extérieur
| Privilégier des aliments autoproduits moins impactants | Accroître dans l’assolement la part des cultures à la fois valorisables en alimentation animale et suivant des modes de production, collecte et transformation à faible impact environnemental |
| Privilégier des aliments achetés à l’extérieur moins impactants | Privilégier les aliments achetés à l’extérieur ayant les impacts énergie et effet de serre les plus faibles, tout en répondant aux besoins du troupeau | |
| Diminuer le nombre d’animaux présents en bâtiment | Diminuer le niveau de production global du troupeau | |
| Augmenter le niveau de performance individuel des vaches laitières | ||
| Augmenter le nombre de lactations par vache laitière | ||
| Améliorer l’efficacité alimentaire | Améliorer l’efficacité alimentaire pour augmenter la capacité à valoriser une ration, augmenter le nombre de lactations par vache laitière et diminuer les émissions de CH4 par vache laitière | |
| Favoriser la production laitière dans les dépenses énergétiques des vaches laitières | Tiédir en hiver l’eau de boisson en récupérant de la chaleur de la salle de traite |
Commentaires :
Pour une même production totale, une performance accrue des vaches laitières permettrait de diminuer le nombre d’animaux et par conséquent de :
| Poste d’impact | Leviers d’action | Bonnes pratiques |
|---|---|---|
Fermentation entérique
| Inhiber les microorganismes méthanogènes | Défaunation (élimination des protozoaires du rumen) par le recours aux acides gras dans l’alimentation des animaux |
| Modifier la ration alimentaire | Modifier la proportion fourrages / concentrés | |
| Augmenter la part des concentrés riches en amidon légèrement dégradé (maïs, sorgho versus blé, orge, avoine) | ||
| Exploiter l’herbe à un stade précoce | ||
| Augmenter la part de la consommation d’herbe en pâture ou en ensilage | ||
| Implanter des légumineuses et augmenter la part de la consommation de légumineuses fourragères | ||
| Apporter des lipides inhibant la méthanogénèse : graines et huile de lin, huiles de palme, colza et noix de coco | ||
| Apporter des légumineuses riches en tannins condensés inhibant la méthanogénèse : sainfoin, lotier, sulla | ||
| Diminuer le nombre d’animaux présents en bâtiment | voir tableau précédent | |
| Améliorer l’efficacité alimentaire | voir tableau précédent |
Commentaires :
Il semblerait que les modifications de l’alimentation des animaux peut permettre de diminuer les émissions de méthane sans modifier les performances jusqu’à une limite de 5 à 10 %. Le procédé de défaunation du rumen par des agents chimiques, des extraits de plante ou des acides gras réduit la production d’hydrogène et diminue le nombre de bactéries méthanogènes du rumen dont une partie est fixée sur des protozoaires ciliés.
La relation entre les proportions de concentrés et de fourrages et les émissions de méthane n’est pas directe. Une formule définie par l’INRA (D. Sauvant) a été utilisée pour estimer les émissions de CH4 en fonction des rations définies dans PerfAgro.
Le choix d’aliments à amidon lentement dégradé (maïs, sorgho) par rapport à des aliments rapidement dégradés permettrait de diminuer de 15 % les émissions de CH4 en pourcentage de matière ingérée (d’après Sauvant et al. 1999).
L’herbe à un stade jeune est moins riche en parois cellulosiques et plus digestible qu’une herbe à un stade avancé.
L’herbe et l’ensilage d’herbe récolté en coupe directe contiennent de l’acide alpha linolénique (acide gras essentiel) en quantités significatives, ce qui apporterait des bienfaits notamment pour la santé des animaux, et limiteraient la méthanogénèse. D’autre part cela faciliterait le transit intestinal des animaux, d’où un séjour plus bref dans le tube digestif et potentiellement une limitation de la production de méthane.
Certains lipides en remplacement des céréales peuvent diminuer la méthanogénèse car ils contiennent des acides gras longs polyinsaturés et notamment l’acide linolénique mentionné précédemment.
Les tannins condensés auraient un effet direct inhibant l’activité des bactéries méthanogènes et un effet indirect diminuant la digestion des parois. Cependant les légumineuses qui contiennent ces tanins sont aussi très peu productives, ce qui les rend finalement peu intéressantes pour l’exploitation.
| Poste d’impact | Leviers d’action | Bonnes pratiques |
|---|---|---|
Gestion des déjections
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Diminuer le nombre d’animaux présents en bâtiment | voir tableau précédent |
| Augmenter le temps de pâture | ||
| Modifier la ration alimentaire | Affiner le lien entre les caractères énergétique et digestible de la ration et les émissions de CH4 | |
| Améliorer l’efficacité alimentaire | voir tableau précédent | |
| Limiter la production de CH4 des déjections stockées | Jouer sur les conditions physico-chimiques de stockage de l’effluent :
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| Ajouter des additifs chimiques | ||
| Augmenter le caractère anaérobie de l’effluent grâce au compostage du fumier | ||
| Modifier la forme de stockage des effluents :
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| Diminuer le temps de stockage en fractionnant les apports | ||
| Recourir à la méthanisation |
Commentaires :
Les déjections en pâture sont moins émettrices que celles en bâtiment. D’autre part, c’est pendant les périodes de pâture (belle saison) que les déjections stockées émettent le plus du fait des températures élevées.
La température et le pH sont des facteurs déterminants dans le phénomène d’émissions de CH4 provenant des déjections. Cependant dans le cas de Grignon, les solutions pour modifier la température de stockage des effluents et leur pH semblent difficiles à mettre en place pour des raisons techniques, pratiques et financières.
| Poste d’impact | Leviers d’action | Bonnes pratiques |
|---|---|---|
Diminuer les consommations d’électricité de la salle de traite
![]() |
Produire de l’électricité d’origine renouvelable | Recourir à la méthanisation |
| Tiédir en hiver l’eau de boisson en récupérant de la chaleur de la salle de traite |
Commentaires :
Les systèmes de prérefroidissement du lait permettent de récupérer une partie des calories contenues dans le lait en sortie de pis pour chauffer l’eau de boisson des animaux. Le transfert des calories se fait pendant la traite depuis le lait dont la température est alors proche de 37 °C vers l’eau du réseau dont la température se situe entre 10 et 12 °C. Le lait est ensuite refroidi dans le tank tandis que l’eau est distribuée aux animaux. Ce système permettrait des économies d’énergie du système de refroidissement du tank à lait, un gain de productivité des animaux laitiers, une augmentation de la qualité du lait (le refroidissement rapide du lait interrompt plus vite le développement de germes) et une économie d’énergie sur la pompe à lait.

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