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Les techniques culturales simplifiées

samedi 14 mars 2009 par Marion Barral, Sophie Carton.

Les techniques culturales simplifiées

 1. Le labour

Les systèmes de culture conventionnels ont fréquemment recours à la technique du labour. Le labour classique s’effectue avec une charrue à soc et versoir. Il consiste en un découpage et un retournement d’une bande de terre de 20 à 30 cm de profondeur. Lors de ces opérations la bande de terre se fragmente plus ou moins.

Originellement, la pratique du labour s’est développée pour lutter contre les mauvaises herbes et pour l’enfouissement des fumiers. Avec le développement de la motorisation puis des produits herbicides, l’objectif du labour est devenu principalement d’améliorer la structure du sol.

 2. Les systèmes de culture sans labour

L’appellation « système de culture sans labour » peut désigner en fait trois types de systèmes différents :
-  un non travail du sol, également appelé semis direct
-  un travail du sol superficiel
-  un travail du sol profond sans retournement, également appelé décompactage

Le non labour est souvent associé à des systèmes de culture où le sol est couvert de façon continue, grâce à la présence entre deux cultures commerciales soit d’une culture intermédiaire (non récoltée), soit de résidus de la culture précédente (couverture dite « morte »).

Cependant, dans beaucoup de situations également, les agriculteurs font se succéder des périodes de culture en non labour, puis une fois de temps en temps le recours à un labour.

 3. Les effets du non labour

Le non labour a des conséquences sur les caractéristiques structurelles du sol et sur l’environnement (ruissellement et érosion, stockage du carbone dans le sol, émissions de gaz à effet de serre, consommation énergétique, emploi d’herbicide). Ces impacts sont encore mal connus mais certaines tendances ont été repérées.

Impact du non labour sur la structure du sol :

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Sol érodé. Photo : www.agriculture-de-conservation.com

L’ancienne couche labourée devient plus continue et plus massive, et plus ou moins compacte. Des pores, généralement verticaux, et d’origine climatique ou biologique, se mettent en place. On observe souvent une augmentation de la population de vers de terre. En l’absence de tassement sévère, la continuité de la porosité du sol est préservée. Si en revanche le tassement est important (par exemple lors d’une récolte d’automne en conditions humides), la porosité est altérée d’où la stagnation de l’eau en surface. Dans ce cas, un travail du sol permettrait de régénérer instantanément la porosité par l’action d’un outil. Les effets du non labour sur la structure du sol sont donc variés et complexes en fonction du type de sol.

Effets sur l’environnement :

Effets positifsEffets négatifs
Le non labour peut participer à la lutte contre l’érosion. En effet la couverture du sol constitue une protection qui diminue voire supprime le processus érosif, mais pas nécessairement le ruissellement. Cependant l’infiltration de l’eau est favorisée par rapport au ruissellement dans les zones sèches. Pour les mêmes raisons, l’absence de labour peut contribuer à la lutte contre la désertification, par exemple dans les pays du pourtour méditerranéen. En outre, le non labour peut permettre un meilleur recyclage et une meilleure biodisponibilité des éléments fertilisants, et il diminue la consommation en énergie fossile. Par ailleurs, les effets sur la biodiversité sont à l’étude. L’absence de labour devrait favoriser le développement de la faune et des microorganismes décomposeurs. Les habitats des horizons de surface anciennement perturbés par le labour devraient être mieux conservés. Le non labour a un effet notable positif sur la séquestration de carbone. L’augmentation du stock de carbone dans les sols est en moyenne de 0,2 t C/ha/an sur une période de 20 ans, avec une forte variabilité selon les différents essais. Cependant, il n’y a pas de bilan définitif incluant les autres gaz à effet de serre, notamment le N2O (protoxyde d’azote). Ce gaz 296 fois plus réchauffant que le CO2 pourrait dégrader le bilan effet de serre du non labour. Le non labour pourrait cependant entraîner une augmentation des apports de pesticides. Comme indiqué précédemment, le labour participe à la lutte contre les mauvaises herbes. Une fois le labour supprimé, la difficulté pour contrôler les adventices incite à remédier au problème par l’apport d’herbicides. Il existe néanmoins des alternatives à l’herbicide, qui sont les rotations de culture, et le développement d’un mulch de surface. Le non labour pourrait favoriser par ailleurs l’hébergement d’animaux ravageurs.

Impacts socio-économiques :

Le non labour s’est développé sous l’influence de divers facteurs : notamment l’augmentation de la taille des exploitations, l’augmentation de la pluriactivité des agriculteurs et la concentration des activités agricoles en certaines périodes de pointe. Ces paramètres ont rendu nécessaire pour les agriculteurs l’accroissement de la productivité du travail, et alimenté le souci de simplifier le travail du sol.

Les avantages économiques qui peuvent être tirés du non labour sont donc les suivants :
-  diminution du temps de travail
-  économie d’énergie (ce qui en temps d’augmentation du prix du carburant est un avantage de taille)
-  économie de matériel (qui n’est pas toujours avérée quand les agriculteurs achètent des équipements spécifiques au non labour)

 4. Mise en oeuvre à la ferme de Grignon :

A Grignon, nous avons beaucoup développé le non-labour dans le cadre du programme GE+, comme le montre le tableau suivant :
AnnéeSurface en non-labour
2005 et 20066.1%
200723.1%
200815%

Les surfaces en non labour ont baissé en 2008 car les conditions climatiques de l’été et de l’automne n’auraient pas permis d’implanter dans de bonnes conditions les céréales en non labour. Sur la campagne suivante (2008-2009), l’utilisation du récupérateur de menue paille permettra de limiter les repousses à l’automne et de semer dans de meilleurs conditions à l’automne. L’acquisition programmée en 2009 d’un semoir spécifique de semis direct permettra d’aller plus loin dans la démarche, notamment pour semer des cultures sous couverts (luzerne dans orge de printemps) ou du blé derrière maïs grain.


Sources :

Robert M., Capillon A., Raunet M. Les techniques culturales sans labour : historique et enjeux. Communication du colloque Techniques culturales sans labour, Impacts économiques et environnementaux. CORPEN. 31/03/2004.

Sebillotte M., Meynard J-M. Enjeux agronomiques, économiques et environnementaux des techniques culturales sans labour. Communication du colloque Techniques culturales sans labour, Impacts économiques et environnementaux. CORPEN. 31/03/2004.

Richard G., Mary B., Boizard H., Roger-Estrade J., Chenu C. Impacts des techniques culturales sans labour sur le fonctionnement des sols cultivés : composantes physique et organique. Communication du colloque Techniques culturales sans labour, Impacts économiques et environnementaux. CORPEN. 31/03/2004.

www.agriculture-de-conservation.com










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