Le point sur l’axe 1 « démontrer et expérimenter », par Dominique Tristant
Cultures :
Le diagnostic réalisé en 2006 avait montré l’intérêt du développement du non labour pour économiser du fuel. Les cultures d’automne ont été implantées dans une plus grande proportion en non labour (jusqu’à 100% en colza), et aussi pour les cultures de printemps (40% pour le maïs). Le labour ou non travail du sol n’est pas systématique et est adapté à l’état structural du sol et à l’enherbement.
Cherchant à réduire les impacts de nos pratiques sur d’autres compartiments environnementaux (eau et biodiversité notamment), pour l’automne 2007, nous utilisons 100% de semences certifiées, alors que nous utilisions jusqu’alors une grosse majorité de semences fermières. Cela nous permet notamment de retenir dès cette année des variétés mieux adaptées à nos objectifs de système de culture (moins de régulateurs, de fongicides, carence ponctuelle en azote à la sortie de l’hiver à cause du risque de lessivage).
Deux cultures font aussi l’apparition sur la ferme :
- Le triticale, céréale qui nous a semblé à la fois intéressante pour sa -productivité (grain + paille) et sa rusticité,
- Le blé dur, qui nous permet de valoriser des terres à plus faible potentiel, et échappant à la problématique de lutte contre la septoriose.
Le décalage de la date de semis des céréales à l’automne (deux semaines plus tard environ) devrait permettre de limiter la pression des pucerons à l’automne, les quantités de vulpins et de ray grass, ainsi que le risque de verse et de piétin au printemps. Le risque de semer dans de bonnes conditions étant dans ce cas augmenté, le planning de travail des chauffeurs a été adapté pour optimiser nos débits de chantier.
Une étude sur l’intérêt des cultures énergétiques a été réalisée. (voir Etude des cultures énergétiques à bas intrants).
Alimentation des animaux
En ce qui concerne l’alimentation des vaches laitières, nous cherchons la productivité d’une part (minimiser la part des besoins d’entretien des animaux par rapport à leur production), et la longévité d’autre part (minimiser le nombre d’animaux de renouvellement, improductifs pendant au moins 2 ans). Cela passe par :
- Une augmentation de la densité énergétique des rations (tourteau de colza gras, foin de luzerne à la place de la paille), en vue de limiter le déficit énergétique pendant les trois premiers mois de lactation,
- Une adaptation des apports aux besoins de chaque animal (alimentation de base par lot, suivant la parité, le stade de lactation et le niveau de production), avec une attention particulière sur l’apport protéique, via une alimentation individuelle au distributeur automatique de concentrés. (ration de base à 95g PDI/kg de MS et 0.95UFL prévue pour 32 kg de lait + complémentation au DAC avec un aliment tanné à 35% de MAT et 1 UFL/ kg pour les vaches en début de lactation).
En diminuant la densité protéique de la ration de base, nous avons observé un amaigrissant moins prononcé des animaux, et de meilleurs résultats de reproduction, tout en maintenant une bonne productivité (9 796 kg/ vache en 2006 contre 9 675 kg/vache en 2007 avec des stades de lactation pourtant plus avancés). Les problèmes de fertilité étant l’une des principales causes de réforme, nous espérons par ce biais améliorer la longévité du troupeau. Nous n’avons pas observé de variation de la teneur en azote des lisiers.
Les animaux non productifs (environ 55 génisses et vaches taries) ont passé 7 mois au pâturage (contre 10 animaux les années précédentes). L’été 2007 étant assez humide, nous n’avons pas eu besoin de compléter à l’auge ces animaux. En effet, les génisses à l’herbe ont eu une croissance moyenne de 778 grammes/jour, conforme à nos objectifs de vêlage à 24 mois.
Laiterie
Les besoins énergétiques pour la laiterie sont importants, notamment à cause du fonctionnement des groupes frigorifiques. Plusieurs travaux ont été réalisés cette année, et sont prévus dans les mois à venir. Tout d’abord, le passage d’un système électrique en 220 V vers un système en 380 V, qui nous a permis de diminuer d’environ 10% la consommation (à puissance constante, l’intensité nécessaire est plus faible). Ensuite, nous avons installé plusieurs interrupteurs dans les chambres froides, pour optimiser leur fonctionnement (arrêt de certains groupes frigorifiques les jours où il n’y a pas de production de yaourts, minimisation de l’ouverture/fermeture des portes pour éviter les variations de température dans les chambres froides de stockage, ou chambres chaudes de production de yaourts fermes).
De plus, nous prévoyons l’achat d’une centrale à eau glacée qui permettra de transférer les calories de refroidissement du lait après la traite vers de l’eau chaude à 54°C. Cette eau chaude servira à alimenter les bains marie des cuves à yaourt, et nous permettra donc de faire des économies de propane, utilisé pour chauffer l’eau de ces cuves. Nous réaliserons aussi une installation pour récupérer l’eau de ces cuves, et l’utiliser pour le lavage des sols.
Enfin, une réflexion sur les emballages des produits laitiers est en cours, afin de limiter leur poids dans le bilan énergétique de l’exploitation (pots en plastique moins épais, plus gros conditionnements).
Effluents
L’utilisation d’une quantité moindre de paille (400 T en moins par an), comme source de fibres alimentaires (substitution par du foin de luzerne pour les vaches, du foin de prairie pour les génisses et les brebis), et comme litière (nombre d’animaux à la pâture beaucoup plus importants), fait que nous pouvons limiter nos stocks de paille. Jusqu’alors, nous échangions avec un voisin une quantité importante de paille contre du fumier. Nous pouvons aujourd’hui réduire cette quantité exportée et valoriser nos fumiers sur nos surfaces. Pour augmenter nos surfaces d’épandage, et limiter les problèmes sanitaires, nous prévoyons de composter nos fumiers et d’en épandre un maximum sur les pâtures, qui reçoivent aujourd’hui principalement des engrais minéraux, et sur quelques parcelles où le lisier est interdit mais pas le compost. Nous espérons ainsi réduire nos achats d’engrais minéraux.
D’autre part, nous avons étudié l’intérêt de la méthanisation des effluents sur l’exploitation (voir Etude de l’intéret de la méthanisation.)
Machines
La connaissance de la consommation précise de chaque tracteur avec chaque outil nous a semblé importante vu le poids du poste « carburant » dans nos bilans énergétique et gaz à effet de serre. Depuis le début de l’année, chaque tracteur possède un carnet où l’on note à chaque fois les quantités de fuel mises, l’outil attelé, quelle surface a été réalisée et dans quelle parcelle. Cela nous permet de déterminer les consommations réelles de chaque passage, et d’optimiser l’ensemble tracteur + outil. Cela permet aussi de nous comparer avec les abaques dans ce domaine (FNCUMA notamment), ou avec d’autres outils pour le même travail (épandage du lisier par entreprise avec un outil spécifique par rapport à notre tracteur avec tonne à lisier).
Nous avons le projet de développer un système de ramassage de la menue paille sur notre moissonneuse pour la récolte 2008. Les trois objectifs sont :
- Limiter les mauvaises herbes en système en non labour,
- Limiter le problème des repousses pour les semis de luzerne et de colza,
- Valoriser la menue paille pour l’alimentation des animaux à faibles besoins (brebis à l’entretien et génisses). Ce projet sera réalisé dans le cadre du mémoire de fin d’études de l’un de nos salariés actuellement en formation continue.
Suivi des consommations globales
Le relevé régulier des compteurs d’eau, de gaz, d’électricité, et de fioul via les tracteurs, nous permet d’affiner nos consommations poste par poste. En rapprochant les relevés, jusqu’à plusieurs fois par jour, cela nous permet aussi de repérer des incohérences (fuites d’eau !).
D’une manière générale, tous les flux de l’exploitation (achat et vente) sont notés dans une base de données où nous agrégeons ces flux par mois, traduits en €, en mégajoules ou en équivalent CO2. Nous sommes remontés à janvier 2006 pour commencer le suivi, en vue de faire des comparaisons avec les années suivantes.
L’achat d’un chromatographe en phase gazeuse équipé de détecteurs ECD et FID nous permettra, à l’aide de chambres climatiques étanches installées dans les parcelles, de mesurer des flux de N20, de CO2 et de CH4 sur les principales cultures (blé tendre, blé dur, orge d’hiver, maïs, luzerne, prairie). Un essai avec différents types de fertilisant sera aussi réalisé, testant entre autre un inhibiteur de nitrification (réduction des émissions de N2O).
La mesure des émissions de NH3 en bâtiment au printemps 2007 nous a indiqué parfois des teneurs très élevées, se traduisant d’une part un problème zootechnique (problème pulmonaire, chez les agneaux notamment) et par un problème environnemental (perte d’azote). Nous allons donc équiper de filets brise-vent la bergerie pour réduire les concentrations en ammoniac dans le bâtiment, et épandre sur la litière un produit limitant les émissions d’ammoniac, utilisé aujourd’hui principalement dans les poulaillers. Des mesures ponctuelles de teneur en ammoniac sur des zones ayant reçu le produit ou pas nous permettront de vérifier l’efficacité du produit, ainsi que des analyses de fumiers.

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