Le challenge environnemental
1. Un dispositif de suivi des émissions de N2O fiable et opérationnel
Le projet Grignon Énergie Positive possède désormais les moyens d’évaluer les émissions de protoxyde d’azote (N2O) des cultures de la ferme expérimentale de Grignon. L’ambition de ce dispositif est de donner une évaluation de l’impact, sur le changement climatique, de l’ensemble des productions végétales de la ferme qui devrait être plus juste et plus précise que l’évaluation obtenue à partir de coefficients d’émission. Ces derniers, pris dans la littérature, ne rendent en effet pas compte des spécificités des territoires et des modes de production. La mesure est effectuée selon la méthode des chambres statiques. Depuis février 2008, six parcelles sont équipées de telles chambres. Le suivi couvre les sept cultures en place dans l’assolement ainsi que les deux types de sols caractéristiques du site.

En 2008, la première mise en œuvre de ces moyens a permis de vérifier la fiabilité du dispositif. Les résultats obtenus sont en effet cohérents avec les résultats obtenus par l’INRA (département EGC à Grignon) et les estimations calculées par la méthode du GIEC. Ces résultats amorcent la constitution d’une base de références locales qui devrait nous permettre, à terme, de mieux comprendre la nature des phénomènes impliqués dans les émissions de N2O des cultures. Ces informations nous serviront à affiner nos bilans à l’échelle du système ferme et à mettre en œuvre un management environnemental de l’exploitation plus précis et plus efficace. Par ailleurs, la fiabilité du dispositif dote le projet d’une capacité expérimentale permettant d’étudier l’influence de différents facteurs sur les phénomènes émissifs.

Le calcul des émissions a été réalisé en intégrant la courbe d’émissions sur la durée de la mesure.
Les données de la période hivernale ne sont pas encore disponibles. Ces résultats ne prennent donc en compte que les émissions mesurées lors des périodes relativement très émissives. Ils sont donc sur-évalués par rapport à la littérature.
2. Un lait plus « vert » à Grignon !

Nous présentons ci-dessus les courbes de consommations d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre de l’atelier production laitière de Grignon par litre de lait et cumulées sur 12 mois. La méthode des courbes de valeurs cumulées sur 12 mois permet, en gommant les effets de saison, d’apprécier les progrès effectivement réalisés au cours du temps.
Le suivi des performances environnementales de la ferme dans le cadre du projet Grignon Energie Positive a révélé une diminution des consommations d’énergie de 40% et une diminution des émissions de GES de 17% par litre de lait produit depuis début 2006. La précision du suivi réalisé à la ferme nous a permis de déterminer le poids des différentes pratiques mises en place dans l’amélioration de la performance globale de l’atelier laitier et de repérer ainsi les leviers de l’amélioration des bilans énergie et effet de serre.
Les voies de la diminution du coût énergétique de production du lait à Grignon sont détaillées dans le schéma ci-dessus.
A l’issue de ces trois premières années de travail sur les performances de la ferme, nous avons ainsi réussi à déterminer que l’amélioration du bilan énergétique de la production de lait à Grignon repose sur : la diminution de la dépendance vis-à-vis des aliments achetés à l’extérieur, la diminution du coût énergétique de l’UF (énergie) apportée par l’alimentation et enfin l’augmentation de la densité énergétique et protéique (UF/kg MS et MAT/kg MS) associée à l’augmentation de la productivité du troupeau.
3. Les Rencontres de l’Agriculture Positive ont trouvé leur public !
La première édition des Rencontres de l’Agriculture Positive, présidée par Bernard Layre, s’est tenue le 28 octobre dernier sur le campus d’AgroParisTech à Grignon. Elle a rassemblé un peu moins d’une centaine de participants autour du thème de la performance énergétique des exploitations agricoles et sous le haut patronage du ministre de l’agriculture.
Plus du tiers des participants venaient des secteurs de l’agriculture et de l’agro-alimentaire (fourniture, production et distribution). Par ailleurs, environ 15 % des participants faisaient partie des conseillers de l’agriculture. Enfin les journalistes se sont fait le relais de l’événement dans la presse agricole et du développement durable.
La perception de l’événement a été très positive. Les débats, menés pour la plupart par des partenaires du projet Grignon Energie Positive, se sont enchaînés à un rythme très soutenu.
Pour la prochaine édition de l’événement fin 2009, nous envisageons de centrer les interventions autour de l’énoncé de solutions techniques, type diagnostics énergétiques, ou de voies de progrès opérationnelles. Un thème pressenti pourrait être celui de la performance climatique des exploitations agricoles, ou encore de l’intensification écologique de l’agriculture. Une visite de la ferme pourrait clore la journée.
4. Un an de culture de miscanthus à Grignon !
En mai cela fera déjà un an que quelques 30 000 rhizomes de miscanthus ont été plantés sur une parcelle de la ferme de Grignon dans le cadre de Grignon Energie Positive.
Nous avons par ailleurs réalisé une étude de l’état des connaissances techniques et économiques sur la production et la valorisation du miscanthus en partenariat avec l’Ademe IDF. Cette étude a souligné que l’implantation est l’opération-clef de la culture, à la fois coûteuse, très exigeante en main d’œuvre et déterminante pour les rendements futurs. Une étude de sensibilité de l’introduction du miscanthus dans l’assolement de la ferme a montré que l’intérêt économique de la culture de miscanthus est très peu dépendant des charges d’implantation. Ainsi, il semble important de porter une grande attention aux conditions d’implantation du miscanthus et ce quel qu’en soit le coût, par exemple en utilisant du bon matériel (rhizomes, machines).
Des simulations sous PerfAgro® (1) ont montré qu’avec le miscanthus et dans le contexte économique de la fin 2008, rendre la ferme de Grignon productrice nette d’énergie est possible sans sacrifier le résultat économique de l’exploitation (-2,5%). En revanche cela se fait au prix d’une chute importante de sa fonction nourricière. La culture pilote de miscanthus devrait nous permettre de réviser les hypothèses des simulations s’il y a lieu.
Cette première année d’expérience pratique de la culture de miscanthus nous a d’ores et déjà permis de vérifier la lourdeur de l’implantation et la difficulté de sa maîtrise technique. Cette étape a en effet nécessité 8 jours-homme de travail. Les conditions suivant directement l’implantation ont également été déterminantes : 10 jours de sécheresse et la présence de corbeaux et de taupins sont sans doute en cause dans le faible taux de levée (25%) constaté dans un tiers de la parcelle.
Notes
1. Outil d’optimisation utilisant la programmation linéaire et développé par le Céréopa

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