Le challenge environnemental
1. Des orientations nouvelles pour le système de production à partir de 2010 !
Le bilan 2008
Un nouveau bilan énergie et effet de serre de la ferme de Grignon a été dressé en 2008. Il a mis en évidence l’importance persistante de certains postes d’impact, comme l’illustre le schéma ci-dessous.

Bilan énergie et effet de serre de la ferme de Grignon Données Tableau de Bord GE+, 2008
Compte tenu de ces postes d’impact, nous envisageons de nouvelles transformations du système de production afin de poursuivre l’amélioration de la performance globale. Ces nouvelles transformations ont été étudiées au regard des modifications du contexte économique associées à la réforme de la PAC attendue pour 2010. La réforme prévoit un recouplage d’aide sur les surfaces en prairies et une aide spécifique aux cultures de protéagineux, tandis que les aides aux grandes cultures seront totalement découplées.
Diminuer l’impact des engrais
Le poids majeur des engrais, pour les consommations d’énergie comme pour l’effet de serre, ont amené à considérer la poursuite de l’augmentation des surfaces en légumineuses. Ces cultures présentent en effet l’avantage de ne pas nécessiter d’apport d’azote pendant leur culture. Par ailleurs elles ont la capacité de stocker de l’azote dans le sol, qui reste en partie disponible pour les cultures suivantes. Cependant, l’augmentation des surfaces en légumineuses augmente la prise de risque de l’exploitation, du fait du caractère particulièrement aléatoire des rendements, relativement aux céréales. Les légumineuses les plus adaptées au contexte de la ferme de Grignon sont la luzerne et la féverole.
Une réflexion a été menée sur les rotations intégrant les légumineuses. Ainsi du colza sera implanté derrière la luzerne. Cette culture présente en effet un intérêt agronomique certain à Grignon, et permettra ainsi de valoriser au mieux l’azote laissé dans le sol par la luzerne. Par ailleurs, afin de limiter les coûts de récolte sur une luzerne en 4e année et d’assurer un rendement important au printemps, elle sera associée sur une parcelle à du triticale semé en direct en novembre 2009. En mai 2010, luzerne et triticale seront ainsi récoltés en mélange et donnés en alimentation aux génisses et aux brebis.
Diminuer le coût énergétique de l’alimentation
La diminution du coût énergétique de l’alimentation des élevages passera par l’augmentation du pâturage, qui apporte de l’aliment à faible coût énergétique. Pour ce faire, 8 ha de terres à bon potentiel, situées autour du corps de ferme, seront convertis en prairie. Cette prairie sera pâturée par les vaches en deuxième partie de lactation, dont les besoins nutritionnels sont moins importants.
Un autre levier de la diminution du coût énergétique de l’alimentation est l’augmentation de la densité énergétique de la ration. Celle-ci passera par l’augmentation de la quantité de luzerne dans les rations et la substitution d’une partie du foin de luzerne par de l’ensilage de luzerne. Les surfaces en luzerne seront donc plus importantes et la récolte se fera sous forme d’ensilage en 1re et en 4e coupe (le reste sera récolté en foin). Par ailleurs, la féverole sera donnée en alimentation aux agneaux dans la phase d’engraissement.
Les effets attendus sur les performances
L’outil PerfAgro® a permis d’estimer les effets sur les bilans de l’exploitation de la mise en place successive de ces différentes transformations dans un objectif d’optimisation des performances énergétiques.

| 1. Système incluant 35 ha de féverole ; 2. Système incluant 25 ha de féverole et 70 ha de colza (valorisation alimentaire) ; 3.Idem 2. + 38 ha de luzerne ; 4. Idem 3. + 8 ha de pâturage pour les vaches laitières ; 5. Idem 4. + 10 ha d’ensilage de méteil |
Les simulations laissent présager que le cumul des transformations pourra apporter un bénéfice économique important, mais les leviers sur l’énergie et l’effet de serre seront relativement modestes (voir cas 4 : +10,5% économie, -1,33% énergie, -3,5% GES, +3,2% personnes nourries par rapport à la situation en 2008). Le cas 5, qui inclut, en plus du reste, une récolte d’ensilage de méteil (mélange luzerne triticale) n’a pas un impact positif sur l’énergie selon les calculs réalisés, et ce malgré les intérêts zootechniques et agronomiques supposés de la pratique. Celle-ci n’est pour autant pas rejetée d’emblée. Les outils de suivi de la performance en place à Grignon permettront à l’équipe GE+ de valider ou rejeter a posteriori les solutions techniques mises en œuvre, selon leurs impacts effectivement mesurés sur les bilans de l’exploitation.
Les transformations seront donc mises en œuvre selon le schéma suivant :
| Situation actuelle | Situation 2010 | Nature des effets | Quantification des effets | |
| Luzerne | 20 ha | 32 ha | diminution des hectares fertilisés | 1 800 unités d’azote en moins |
| Prairie vache laitière | 0 ha | 8 ha | diminution du coût énergétique de l’alimentation (herbe) | 0,5 MJ par UF pour l’herbe pâturée (2MJ / UF pour l’aliment stocké) |
| Féverole | 0 ha | 30 ha | diminution des hectares fertilisés et amélioration du rendement de la culture suivante | 5 700 unités d’azote en moins + augmentation du rendement en blé de 5 quintaux / ha |
| Colza derrière légumineuse | 0 ha | 8 ha | pas de fertilisation sur colza et rendement du colza amélioré | 1 300 unités d’azote en moins |
| Triticale dans luzerne | 0 ha | 12 ha | diminution du coût énergétique de l’alimentation (ensilage de méteil en remplacement du maïs) | 70 tonnes de matière sèche en plus, 1MJ/UF économisé par rapport au maïs |
Rendez-vous sur le site internet du projet pour suivre la mise en place de ces pratiques !
2. La mise en place d’un dispositif de suivi de la biodiversité à Grignon
La volonté d’obtenir une évaluation de la performance environnementale globale de l’exploitation a rapidement mené l’équipe GE+ à la prise en compte d’autres paramètres que les consommations d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre.
Grâce au soutien financier de la région Ile-de-France et en s’appuyant sur une étude effectuée en 2008, l’équipe GE+ s’est donc lancée en 2009 dans la mise en œuvre du suivi des impacts des activités agricoles sur la biodiversité à Grignon grâce à un dispositif d’observation adapté.
Ce dispositif d’observation de la biodiversité repose sur des partenariats avec des organismes d’expertise reconnue et populaires auprès du grand public. Ainsi, la LPO d’Ile-de-France a été sollicitée afin d’assurer un suivi des populations d’oiseaux sur le territoire de l’exploitation à Grignon. Les oiseaux sont en effet reconnus comme particulièrement sensibles aux pratiques agricoles.
Le travail de la LPO consiste en la réalisation d’un premier inventaire ornithologique et d’une identification des habitats sur le territoire de l’exploitation à Grignon, suivie d’une synthèse des résultats et de formulation de préconisations de gestion. Emeline Langlet, chargée de mission à la LPO, est intervenue par deux fois sur le terrain, en mai et en juin, pour l’identification de l’avifaune par la méthodologie des points d’écoute. Un reportage sur son intervention est publié en ligne : http://www.agroparistech.fr/energie....

Par ailleurs, la FREDON (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) suit la flore intra-parcellaire et la population de gastéropodes et de papillons en bordure d’une parcelle d’orge de printemps du parc de Grignon. La connaissance de la flore sera complétée par le travail de suivi de Jean-Pierre Henry, enseignant-chercheur à AgroParisTech, et une collaboration avec le CBNBP (Conservatoire Botanique National du Bassin Parisien) qu’il reste à définir.
Enfin Yves Python, ingénieur d’étude du projet GE+, se charge de la mise en œuvre du suivi des papillons de jour en consacrant 1 journée par mois de mai à septembre à l’observation et la notation des papillons de jour en suivant des transects définis en 2008.

L’ensemble de ces observations fera l’objet d’une synthèse critique et de propositions d’amélioration des pratiques agricoles en vue de la préservation de la biodiversité. A suivre sur le site internet du programme !
3. GE+ suit ses vaches de près !
L’équipe du projet Grignon Energie Positive utilise un système d’ingestion individuelle, adapté par Karim Rigalma (doctorant AgroParisTech) et son équipe, pour tester l’effet de la ration alimentaire des vaches laitières sur les émissions de méthane entérique. Explications en images :

Couplé à un suivi des émissions de méthane entérique et d’indicateurs de production (quantité de lait, TB, TP), ce système permet d’améliorer notre connaissance des relations entre l’alimentation, la productivité laitière et les émissions de méthane entérique.
4. GE+ s’expose au monde agricole
Les informations acquises dans le cadre du projet, tant du point de vue des méthodes mises au point que des techniques de culture et d’élevage appliquées, trouvent tout leur sens dans la diffusion vers le monde agricole. Grignon Energie Positive a en effet pour vocation d’essaimer sa logique de démonstration, d’innovation et d’évaluation bien au-delà des frontières de la ferme de Grignon.
C’est ce message qui a été transmis à la vingtaine de groupes d’agriculteurs, coopératives, chambres d’agriculture, groupements professionnels, qui ont soit visité la ferme de Grignon, soit reçu des membres de l’équipe du projet pour une présentation du programme. Ainsi depuis fin 2008 les coopératives Terrena Poitou, Nouricia, Cohésis, CAVAC, Teldis et Coop de France Ouest, les chambres d’agriculture de la Vienne, de la Seine-Maritime et de Seine-et-Marne, Cogédis et le CER France, la société Agriva, Bongrain, le projet européen Géronimo et même des enseignants de l’Académie de Versailles, de futurs ingénieurs agronomes de l’université Paris XI et l’assemblée des propriétaires des gîtes de France des Yvelines ont fait appel à l’équipe projet pour une présentation personnalisée de l’approche Grignon Energie Positive.
5. Le module d’enseignement GE+ à AgroParisTech
C’est durant le mois de mai, à Grignon, que s’est déroulée la seconde occurrence du module d’enseignement consacré aux enjeux de l’agriculture face aux questions de l’énergie et du climat.
25 étudiantes et étudiants, élèves ingénieurs de 1re année du cursus agronome d’AgroParisTech ont suivi cet enseignement. Le choix de cet enseignement optionnel par un nombre élevé d’élèves (25 places seulement sont ouvertes et quelques candidats n’ont pas pu être admis) témoigne de l’intérêt que les élèves de l’Agro accordent aux questions du devenir de l’agriculture quand elles leur sont proposées sous forme de challenge pour leurs compétences, en développement, d’ingénieurs agronomes.
Le programme de ce module, animé par Benoît Gabrielle, Thierry Doré, Philippe Schmidely et Olivier Lapierre, avait, cette année, introduit une innovation. Une séance de trois heures a été animée par Marion Barral, sur le sujet de l’alimentation, de l’effet de serre et de l’information du consommateur. Au programme de cette séance : une brève séance de mise en forme sur le « vélo yaourt », une phase de serious play à partir du jeu « bien dans mon assiette bien sur ma planète » et une conférence très argumentée sur la question de l’étiquetage environnemental tel qu’il se développe en France et en Angleterre.
Les deux séances de travail dirigé, consacrées à l’étude de cas de la ferme de Grignon, ont permis aux élèves de réfléchir et d’explorer des solutions concrètes pour l’amélioration de l’impact environnemental de la ferme. La mise en oeuvre de PerfAgro P3 et la navigation sur le Web leur ont permis de comparer un panel de solutions dont certaines pourraient bien devenir rapidement autre chose que des spéculations estudiantines. Le développement des protéagineux et, surtout, le développement du pâturage pour les vaches en lactation font partie de ces options sur lesquelles nous travaillons aujourd’hui sérieusement.
Enfin, le jeu de rôle proposé comme dispositif d’évaluation final, a permis aux élèves de remettre en perspectives l’ensemble des éléments qui leur avaient été présentés durant le module. Le thème choisi d’une réunion de concertation entre différentes organisations (DRAF, Conseil Régional, FOP, Syndicats de producteurs laitiers, CIVAM, ...) sur l’opportunité d’aides régionales à accorder aux éleveurs laitiers bretons pour les inciter à la mise en oeuvre de solutions plus vertueuses sur le plan environnemental a abouti à une restitution finale sérieuse et argumentée.
C’était l’un des objectifs du projet Grignon Énergie Positive que d’arriver à développer la thématique agriculture énergie et effet de serre dans l’enseignement. Les bonnes conditions du déroulement de ce module, cette année encore, sont la preuve que cet objectif est atteint.

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