Modification de l’alimentation des troupeaux
Dans un premier temps, rappelons que les simulations que nous avons faites à l’aide de PerfAgro sur Grignon ont montré qu’il était intéressant chez nous de maintenir un niveau de production élevé, voire de l’améliorer, d’avoir un âge au vêlage précoce et aussi un taux de réforme le plus bas possible.
1. Des rations plus énergétiques, des apports plus précis en protéines
Nous sommes partis d’un résultat de simulation PerfAgro montrant que la contrainte nutritionnelle la plus limitante était non pas la protéine mais l’énergie. Ainsi, nous avons cherché à maximiser la densité énergétique des rations pour d’une part permettre aux animaux de produire de grandes quantités de lait mais aussi de rester en bon état corporel. Pour ce faire, et sans pénaliser le coût alimentaire, nous avons d’abord travaillé sur la qualité des fourrages grossiers, en remplaçant la paille (source de fibres) par du foin de luzerne, plus énergétique, riche en protéines, en minéraux et en vitamines.
Nous avons aussi utilisé du tourteau de colza gras à la place du tourteau de colza industriel. Le process industriel comporte une étape supplémentaire qui permet d’extraire davantage d’huile que le process artisanal. Le tourteau de colza gras est donc plus riche en huile que le tourteau industriel, et il permet donc d’apporter plus d’énergie dans la ration.
Nous sommes toutefois limités dans la teneur totale en matière grasse dans la ration. En effet, au-delà de 5% de matière grasse dans la ration, les microbes qui produisent des protéines à partir d’urée ont une activité ralentie, ce qui occasionne une baisse du taux protéique du lait, avec des conséquences sur la valorisation économique. Donc nous n’apportons pas plus de 4 à 5 kg de tourteau par vache et par jour, ce qui couvre tout de même une grande partie des besoins en protéines de nos vaches.
En ce qui concerne les apports protéiques, nous avons choisi de limiter la teneur protéine de la ration de base à 95g de PDIE et 100 g de PDIN par kg de MS, et de compléter seulement l’alimentation des animaux en début de lactation avec des protéines protégées (PDIA). En guise de comparaison, les rations alimentaires comportaient auparavant 110g de PDIE et 110 à 120g de PDIN.
Voici les résultats de production :
| Année | Lait par vache en kg/jour | TB en g/L | TP en g/L | stade de lactation en jours | kg de MS/kg de MU | Kg de MAT / kg de MU |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2006 | 26.8 | 37.1 | 2.8 | 181 | 12.4 | 2.00 |
| 2007 | 28.5 | 38.6 | 32.8 | 210 | 12.3 | 0.119 |
| 2008 janv à octobre | 30.0 | 38.4 | 31.3 | 196 | 11.8 | 1.64 |
Nous voyons donc que la productivité laitière a augmenté, ainsi que l’efficience de la ration, car nous utilisons moins de matière sèche et de protéines par kilo de matière utile produit.
2. Des coproduits des industries agro-alimentaires ou des biocarburants
Plutôt que de vouloir produire à tout prix l’ensemble de nos aliments, nous avons regardé comment les coproduits des industries agro-alimentaires ou des biocarburants pourraient nous aider.
Le coût énergétique des co-produits est relativement faible (et plus faible que certains aliments produits sur la ferme) car il est réparti entre le produit industriel et le co-produit. Par ailleurs, le profil nutritionnel (dégradabilité de l’énergie, type d’amidon, teneur en protéines, type de protéines) de certains co-produits industriels est plus approprié que ce que l’on pourrait produire sur la ferme. Par exemple, la pulpe de betterave est une source énergétique concentrée, mais qui ne contient ni matière grasse, ni amidon, et donc complète bien le tourteau gras et l’ensilage de maïs. Il vient donc concurrencer le blé ou l’orge. Le choix de travailler plutôt avec des coproduits humides que déshydratés s’est fait car nous sommes peu éloignés de ces usines et limitons donc le transport.
Ainsi, nous utilisons des pulpes de betterave surpressées, des écorces d’oranges, des drèches de brasserie, des fibres de blé (peu différentes des drèches) et du tourteau de colza.
3. L’utilisation d’huiles essentielles limitant les émissions de méthane entérique et d’ammoniac
Depuis début 2008, nous utilisons ces huiles. Nous espérons valider l’intérêt de ce dispositif au cours de l’année 2009 grâce à notre dispositif de mesure des émissions de gaz à effet de serre (voir chapitre sur les mesures de méthane de l’élevage).
4. L’alimentation multiphase pour les ovins
Nous apportons aux brebis une ration spécifique, plus énergétique et plus riche en protéine, de un mois avant la mise bas jusqu’au sevrage. Plutôt que d’amener des fourrages de qualité moyenne et de compléter avec des aliments concentrés, nous utilisons depuis cette année des fourrages plus riches (foin de luzerne, pulpes de betterave surpressées, ensilage de maïs). De plus, nous mélangeons les concentrés à la ration (orge et tourteau de colza gras). Avec ce système, nous avons observé une augmentation de l’ingestion des brebis, le maintien d’un bon état corporel, et une bonne production laitière au regard des croissances des agneaux. Des données quantifiées seront disponibles début 2009.
Pour les agneaux en croissance, nous utilisons un aliment composé de démarrage, à 19% de protéines. Ensuite, nous travaillons avec un aliment complet à 18% de protéines, mais nous ajoutons petit à petit un peu d’orge fourragère de manière à avoir plus d’énergie, et en proportion moins de protéines, pour la phase de finition. En 2009, nous utiliserons pour l’engraissement plutôt un aliment dit CMAV (correcteur azoté minéralisé et vitaminé) en complément d’orge car les coûts de production énergétique et gaz à effet de serre de l’orge sur la ferme sont assez intéressants par rapport à l’achat d’aliment composé, contenant en général une part importante de céréales.

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