Théories de la gestion sociale des écosystèmes, des ressources et de l'environnement

Laurent Mermet

Un écosystème qui se dégrade, une espèce en voie de disparition, une nappe phréatique polluée, etc. – chaque problème environnemental renvoie à un système social d’action dont l’organisation (perçue ou non, volontaire ou non, « pilotée » ou non) cause cette dégradation. Résoudre ce problème d’environnement passe par une action pour changer cette organisation sociale. Qui peut agir ? Comment ? Telles sont les questions que pose l’Analyse Stratégique de la Gestion Environnementale ( voir article de synthèse ). Cette approche a pour but d’aider à découvrir à quelles conditions un problème d’environnement donné peut être traité de façon efficace.
Installer ainsi la question de l’efficacité environnementale au fondement de l’analyse des situations, c’est mettre l’analyste (le chercheur par exemple) en situation de redécouvrir l’organisation sociale sous l’angle particulier de ses conséquences pour les systèmes écologiques concrets. Il s’embarque ainsi dans une « Recherche Environnementale sur la Société ». Ce projet, cette posture, génèrent d’intenses tensions – malentendus, conflits, affrontements – avec d’autres approches de sciences sociales. On peut dans bien des cas, entendre, derrière les propos convenus, une résistance à la perspective environnementale. Le travail de recherche que nous menons depuis plus d’une décennie pour fonder et équiper une critique environnementale se confronte aujourd’hui nettement à un triple enjeu.
- Sur la critique, qui après les années du « surplomb », a connu une véritable éclipse depuis la fin des années 1980. Aujourd’hui, il s’agit de trouver de nouveau repères pour des critiques renouvelées, que nous qualifierons ici de « néo-soupçonneuses », de « pluralistes » ou de « dialogiques ».
- Sur les fondements institutionnels de l’activité de recherche sur l’environnement. Si résistance il y a, elle s’enracine profondément dans l’organisation de la recherche, dans ses liens serrés avec certains secteurs de la société. Ici, l’enjeu est de sortir du non-dit, de l’impensé, pour assumer les liaisons entre les perspectives des chercheurs et celles des acteurs qui divergent au sujet des problèmes écologiques.
- Sur les différents cadrages théoriques utilisés pour appréhender les problèmes socio-écologiques. La théorie ne peut se dissocier de l’action et notre enjeu est ici d’éclairer les liens entre le jeu des cadrages théoriques, la pluralité possible des perspectives critiques et les jeux de force des situations organisationnelles où les chercheurs sont embarqués.
Il y a là trois défis qui doivent être abordés ensemble. Après avoir essayé de les expliciter (RES 0, janvier 2004), je leur ai consacré sous le titre « RES » une recherche qui s’est étalée sur 3 ans. De janvier 2005 à juin 2007, 11 séances en ont ponctué les étapes, au cours desquelles j’ai pu exposer les différents résultats de ce travail et les soumettre à la discussion du groupe de recherche. C’est ce cycle de conférences qui est aujourd’hui mis en ligne, pour rendre public le fruit de cette recherche et pour qu’elle contribue à susciter la discussion critique pluraliste à laquelle elle appelle. Ces conférences d'appui au cours sont disponibles (conference (mp3) et résumé (pdf)) sur le lien suivant:
Accès au site de conférences
Accès à la vidéo du cours 1 : Analyse stratégique de gestion environnementale
Accès à la vidéo du cours 2 : Théories de l'acteur réseau et l'environnement
Ouvrage de référence : L'analyse stratégique de la gestion environnementale illustrée par les tribulations d'un noyau relictuel de populations d'ours brun dans les Pyrénées occidentales françaises (pdf 1,42 M)