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Quand les lois sont mauvaises, il faut les changer.

Par les temps qui courent, une phrase comme "Quand les lois sont mauvaises, il faut les changer" fait évidemment penser aux députés. En réalité, cette phrase qui est sur le mur de mon bureau concerne d’abord les sciences de la nature, car ces dernières fondent leurs théories sur des lois... qu’il faut absolument changer, qu’il faut sans cesse changer !

Commençons par "évacuer" la question non scientifique, en quelque sorte. C’est un fait que nos collectivités élisent des députés, qui se réunissent pour voter les lois. C’est un fait que, quand les circonstances changent, les lois doivent être changées, pour prendre en compte des situations qui ne se présentaient pas, et, aussi, pour mieux organiser la vie publique.
Sans réflexion politique suffisante, je ne veux pas discuter la question ici, sauf à profiter de ce billet pour rappeler qu’il est important de ne pas faire des lois qui voudraient punir les mauvais élèves, mais qui, en fin de compte, pénalisent les bons. D’autant que les mauvais élèves trouvent tous les moyens pour échapper aux lois... Soyons donc prudents avec les lois, car il y a le risque de la double peine pour les bons !
D’autre part, vu l’organisation démocratique de notre pays, j’aurais tendance à (me) dire quand nous ne sommes pas contents des lois (ces lois que, en réalité, nous nous sommes donnés, par l’intermédiaire de nos députés), alors il est très essentiel, très citoyen, de rapidement écrire à nos députés pour leur demander de voter des changements de lois. C’est leur travail, c’est pour cela qu’ils sont élus et payés, et nous n’avons pas le droit de râler si nous n’avons pas commencé par demander les changement que nous souhaitons.
Bien sûr, en démocratie, il n’est pas certain que nos opinions personnelles prévaudront, mais il y aura alors la possibilité de militer pour gagner plus de personnes à notre cause et arriver finalement aux changements que nous souhaiterions. Cela, c’est le petit minimum civique que nous pouvons faire.

En sciences, surtout, il y a des lois. Au lycée, on apprend la loi d’Ohm, la loi de la gravitation universelle… Ces lois sont des relations quantitatives, c’est-à-dire des équations, entre des quantités, ce que l’on pourrait nommer des notions : l’intensité électrique, la masse, l’énergie... Elles sont fondées sur des caractérisations quantitatives des phénomènes, c’est-à-dire sur des mesures, et elles sont évidemment (un peu) fausses, parce qu’une équation mathématique a quelque chose d’absolu que le monde n’a pas. Par exemple, quand on considère le courant électrique dans un circuit conducteur (pensons à un fil métallique), la loi d’Ohm montre une relation proportionnelle entre l’intensité du courant et la différence de potentiel, mais cette loi ne s’applique plus quand l’intensité du courant est trop grande... car le circuit se met à fondre. D’autre part, si l’on regarde la loi d’Ohm (ou toute autre loi) à la loupe, il y a fort à parier que notre équation ne sera pas parfaitement accordée aux mesures, et d’ailleurs, elle a été établie par induction, par un ajustement des données, c’est-à-dire qu’on a trouvé de la meilleure régularité possible passant par les mesures.
Bien sûr, il ne faut pas oublier de s’émerveiller -le mot est faible- quand on considère la correspondance quasi parfaite entre l’équation et le phénomène ; parfois, avec de nombreuses décimales. Mais il n’en reste pas moins que nos théories sont approchées, et que ce serait donc naïf que de croire à leur adéquation absolue.
D’autres lois sont dérivées des théories, à savoir que la "moulinette algébrique" que l’on applique aux concepts scientifiques conduit à des équations dont la puissance intellectuelle est souvent extraordinaire. Mais, là encore, les lois sont fondées sur les mesures initiales, et leur adéquation au monde, si elle est extraordinairement précise, n’est jamais absolue par principe.
Dans tous les cas, il y a donc toujours lieu de chercher à changer les lois scientifiques. En tout cas, c’est une bonne pratique scientifique, une bonne stratégie, que de postuler que nos lois scientifiques sont insuffisantes, de chercher en quoi elles sont insuffisantes, et d’aller ensuite chercher des lois meilleures, c’est-à-dire décrivant mieux les phénomènes.

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