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L’art trouble, la science rassure... Voire...

C’est un artiste qui a dit que l’art trouble, mais que la science rassure. Plus exactement c’est Braque.

L’art trouble, mais la science rassure. Il s’agit d’une formule. Le tour est joli, et il est affermi par l’argument d’autorité. Pour autant est-ce vrai ?
L’art trouble ? Pourquoi pas, puisque l’art, au moins dans une certaine conception de l’art, consiste à susciter des sentiments, des émotions. De ce point de vue, un art qui ne troublerait pas ne serait pas de l’art. Et puis, troubler ne signifie pas nécessairement troubler de façon négative. On peut aussi dire : émouvoir. Si l’on suppose que Braque a correctement utilisé les mots, alors troubler est une métaphore qui décrit une modification d’un grand calme. Et ces modifications peuvent être de mille sortes. Il y a les friselis sur l’eau ou les tempêtes ; il y a le trouble du pastis, cette apparition d’un nuage laiteux, blanc ; il y a l’eau et sa boue. Bref, que l’art trouble est évident. Sans quoi il n’y a pas d’art.
La science rassure-telle ? Cette fois, la question est plus difficile, et je propose de considérer d’abord les origines de la science. A la naissance de la science, par exemple dans l’Antiquité grecque, on a cherché des explications du monde, face à des phénomènes qui étaient mystérieux en ce qu’ils échappaient à des causes identifiées. Tout discours était possible, face aux phénomènes les plus simples ou les plus complexes : la formation d’une ombre, la pluie, le bleu du ciel… Les scientifiques ont été des explorateurs de ces mystères et ils ont effectivement produits des théories qui visaient à prendre une position intellectuelle face à ce que l’on ne comprenait pas. De ce point de vue, on pourrait dire que la science rassurait, puisqu’elle ne laissait plus l’être humain démuni face aux phénomènes naturels. Puis, au début des sciences modernes, à partir de la Renaissance environ, il y eut cette position de scientifiques croyants qui considéraient que Dieu avait donné deux livres : la Bible et la nature. Chercher à comprendre ces deux livre, c’était chercher à comprendre le message de Dieu, et l’activité scientifique était ainsi une façon de célébrer le créateur. Rien de troublant non plus.
Plus tard, et notamment parce que la science arrivait à des conclusions différentes des propositions des textes sacrés, il y eut un immense trouble, et l’Église dut adopter une autre position, qui fut finalement entérinée par le pape, à savoir que la science ne dit rien de la foi, et vice versa. Deux mondes séparés, deux règnes séparés, en quelque sorte, mais on notera que la crise avait été grande. Elle avait commencé avec Galilée, et avait environ fini avec l’abbé Lemaitre, grand physicien théoricien français qui étudia la relativité générale et la cosmologie. A cette époque, la science troublait.
D’ailleurs, dans les dernières décennies de ce grand trouble, il y eut pire avec la relativité et la mécanique quantique. La relativité fit apparaître des paradoxes, tels celui des jumeaux qui naissent ensemble mais ont un âge différent quand l’un des deux voyage. En mécanique quantique, ce fut pire, puisqu’on ne savait plus si les objets étaient des ondes ou des particules. En réalité, il n’est pas difficile de comprendre que les objets puissent apparaître parfois comme des ondes, telles les rides à la surface de l’eau, les vagues, la houle, ou comme des particules, des billes, en quelque sorte, car les objets du monde nous sont perceptibles par des expériences. Dans certaines expériences, les objets (surtout quand ce sont des particules sub-atomiques) se comportent comme des des ondes, mais dans d’autres expériences, ils se comportent comme de petites billes, et l’on parle de comportement corpusculaire. Pour autant, ces objets ne sont ni billes ni ondes, mais des objets, qui ont leur caractéristiques propres. Un verre cylindrique vu selon son axe de révolution apparaît comme un disque, mais il semble un rectangle si on le regarde de profil. La mécanique quantique fut à l’origine d’un grand trouble, et les esprits scientifiques les plus brillants du XXe siècle avaient du mal à comprendre la nouvelle position qu’imposait leur propre travail scientifique ! Décidément, la science ne rassurait pas !
Et puis, au XX e siècle, aussi, il y eut ces rapports étroits entre la science et la technique, par le moyen de la technologie, et toutes ces applications des sciences qui, quand elles étaient nuisibles à l’homme, conduisaient à considérer que la science était fautive. A la Première Guerre mondiale, il y eut des gaz de combat, et l’on accusa injustement les sciences chimiques. Puis, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y eut la bombe atomique, et l’on accusa cette fois la physique. Aujourd’hui, c’est la biologie qui est en cause, qui trouble, avec le génôme, et la possibilité de cloner l’être humain. Je maintiens absolument que les sciences ne sont pas responsables de leurs applications, que ce sont les techniciens qui les mettent en œuvre assistés des technologues, qui font œuvre soit utile, soit nuisible. Le nucléaire fait aussi de l’énergie qui illumine nos foyers quotidiennement, et l’on n’en a pas fini avec cette question de l’application de la science… qui trouble plus qu’elle ne rassure.

Détachons nous maintenant des événements historiques pour reprendre la question des principes afin de savoir si la science doit rassurer ou pas. Dans un billet précédent, j’ai expliqué pourquoi la science ne désenchante pas le monde comme on l’a cru. En substance, je rappelais que, avant la science, on croyait à des tas d’influences occultes : ces prétendus farfadets des marais (il s’agissait en réalité de la combustion spontanée de gaz produits par la fermentation), ou les feux de Saint Elme, ou même les mouvements convulsifs des personnes atteintes d’ergotisme (l’ergot de seigle, contaminé par des champignons microscopiques, engendre des toxines très dangereuses). Bref, il y avait des mystères, et l’on supposait l’intervention de créatures étranges, invisibles. La science a fait disparaître cette hypothèse, mais elle n’a pas désenchanté le monde pour autant, car il y a un enchantement suprême, déjà connu de Galilée, à savoir que la science fait l’ hypothèse que le monde est écrit en langage mathématique. Cela est un émerveillement quotidien pour ceux qui pratiquent les sciences ; c’est même souvent ce qui les fait se lever le matin. Pourquoi des phénomènes sont-ils si bien décrits par les équations ?
Quand je dis enchantement j’oublie qu’une moitié du monde a peur et l’autre pas. Certains s’inquiètent de ces équations du monde au point que, quand Einstein proposa la théorie de la relativité il fut dit avec effroi par certains qu’il avait découvert les équations qui régissent le monde, ce qui faisait supposer qu’il était doué d’une immense force sur ledit monde, comme quand on supposait qu’une sorcière pouvait vous jeter un sort si elle pouvait s’emparer des rognures d’ongle que vous aviez abandonnées.
Mais je reviens à la méthode scientifique pour analyser cette question du trouble ou du pouvoir rassurant de la science. Ne nous méprenons pas : les vrais scientifiques savent bien qu’aucune théorie n’est juste et que les théories ne sont qu’une description approchée de la réalité, des phénomènes. On sait qu’aucune équation n’est suffisante, et c’est la raison pour laquelle la science ne démontre rien, mais réfute, cherche a réfuter ses propres productions. Il y a des individus pour qui cette situation est terrible : penser que les théories sont insuffisantes, qu’elles le seront à jamais, et qu’ils doivent travailler pour les abattre et en proposer de meilleures, encore insuffisantes ! Et puis, il y a d’autres individus (rappelons-nous que la moitié de a peur, mais l’autre pas) pour qui ce processus est merveilleux, car il conduit à des découvertes insoupçonnées (c’est un pléonasme). Au début des années 1900, un célèbre physicien déclara que la physique était terminée, qu’il n’y avait plus rien à découvrir, et moins de dix ans après, c’était la révolution de la mécanique quantique et de la relativité. La technologie aussi eut des errances de ce type notamment quand la moitié de la France déclarait péremptoirement que le plus lourd que l’air ne volerait jamais. La science n’aura pas de fin, et tout est devant nous, mais cela nous est caché, que nous le voulions ou non.
Finalement je crois que la science trouble au moins autant que l’art, et je crois qu’elle ne peut rassurer que les esprits qui prennent les résultats comme un dogme. Il y a des individus qui ont besoin de la simplicité rassurante des théories simplistes, qui évite d’être troublé. D’ailleurs, il est intéressant de voir que pour certaines religions du monde, la science est devenue très bien portée précisément parce qu’une mauvaise interprétation de la science (qui conduit d’ailleurs à faire de la mauvaise science) conduit à un discours dogmatique et ronronnant, rassurant.
En réalité, je crois que la science ou l’art ne sont pas en cause, mais que l’individu est tout. Il y a ceux qui ont peur, et qui auront toujours peur, de la science ou de l’art, et ceux qui s’émerveillent des beautés du monde, parce qu’ils sont prêts à émerveiller. Pour ceux là, il n’y a pas de peur ; il y a de l’émerveillement ; il peut y avoir du trouble, mais cela n’est pas grave, car certains troubles ne sont pas des angoisses. Ces individus n’ont pas à être rassurés, parce qu’ils n’ont pas peur.

Merci, donc, à Braque de m’avoir donné l’occasion de dire des choses que je crois justes et utiles, et pardon à lui d’avoir détruit sa formule...mais, au fond, faut-il que je demande pardon à quelqu’un qui dit des choses fausses, et induit donc en erreur ?
Allons, concluons comme toujours sur une note très positive. La méthode scientifique, quand elle est bien comprise est absolument merveilleuse parce qu’elle porte en germe les découvertes du futur. Pour mémoire, je redonne : il s’agit d’identifier un phénomène, de le quantifier, puis de réunir les données quantitatives, les résultats de mesure, en lois quantitatives, c’est-à-dire en équations ; après quoi on cherche des mécanismes quantitativement compatibles avec ces équations, afin d’obtenir des « théories » ; et l’on cherche enfin des prévisions expérimentales qui se déduisent de ces théories… et que l’on teste quantitativement par des expériences. Oui, cette méthode est merveilleuse… quand on est de cette sorte d’individus qui sont bâtis de telle sorte qu’ils n’ont pas peur, et qu’ils savent, ou ont la possibilité de s’émerveiller.
Sans avoir de boule de cristal, je prends le pari que nous avons devant nous des phénomènes extraordinaires, inconnus de nous, qui bouleverseront notre conception du monde ainsi que les techniques. Je n’ai pas peur, je me réjouis, je suis impatient à l’idée de m’émerveiller des travaux de la science. Que n’ai je plusieurs vies pour assister à tous ces bouleversements qui vont survenir !

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